Mur des Contemplations : des droits, des idées et des graffitis

13-10-2021
Rym Benarous

Sur initiative de la Délégation de l’Union européenne au Liban et en partenariat avec le musée d’art moderne et contemporain MACAM, des artistes, venus des quatre coins du monde, ont paré de leurs graffitis les murs du musée. C’était en 2019 et le Mur des Contemplations prenait forme, fruit d’une réflexion artistique libre autour de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Près de deux ans après, cette exposition à ciel ouvert porte encore l’empreinte de ces artistes graffeurs et témoigne de l’importance de la culture pour éveiller les consciences et défendre les droits et les libertés. 

A une quarantaine de kilomètres de Beyrouth, sur les hauteurs surplombant Byblos, l’une des plus anciennes villes continuellement habitées du monde, on peut admirer les fresques murales géantes de douze graffeurs ayant pris part à une résidence artistique au Liban dans le but d’échanger autour des droits de l’homme et de transformer leurs visions en œuvres engagées, ouvertes au public. Si le projet du Mur des Contemplations a pu prendre forme et se concrétiser, c’est en grande partie grâce à l’engagement d’un philanthrope libanais, César Nammour, l’ami des arts et des artistes.  Aujourd’hui décédé, l’historien et éditeur libanais a toujours porté dans son cœur la cause culturelle et a consacré sa vie à la promotion de l’art comme forme d’expression libre et engagée. Une vision à laquelle adhèrent pleinement tous les artistes ayant participé à l’élaboration de cette œuvre créative. En tout, ils sont douze à avoir été sélectionnés, suite à leur participation, en 2019, à un concours international de graffiti, marquant le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Venus d'Italie, du Sénégal, de Jordanie, d'Irak, des Émirats Arabes Unis, d'Allemagne, de Suède, d'Estonie, d'Ukraine, du Mexique et du Liban, ils ont séjourné à MACAM pendant quelques temps afin d’échanger sur la question et créer des fresques murales empreintes de leur vision des droits universels. Chaque graffiti réalisé porte sur un article de la Déclaration universelle des droits de l’homme et représente un thème tel que l'égalité des sexes, la lutte contre le racisme et la non-discrimination, la liberté d'expression, le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité.

Libres, oui mais…  

Originaire de Syrie, Dima Saadi vit actuellement à Dubaï. Elle a choisi d’illustrer l’article 19 de la Déclaration des droits de l’homme qui stipule que ‘tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression’. Elle confie : « Souvent, quand on parle de liberté d'expression, le principal sujet est la politique. Mais pour moi, la liberté d'expression concerne la sexualité, le genre et la façon dont nous choisissons d’être. » Forte de ses convictions mais en proie à une peur enfouie au plus profond de son être, la jeune artiste ajoute : « Quand j’étais enfant, je n'avais jamais entendu mes parents parler de politique. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que la raison n'était pas parce qu'ils ne s’y intéressaient pas mais qu’ils essayaient de nous protéger. Ce qui me fait le plus mal aujourd’hui, c'est que j'ai toujours peur de ne pas pouvoir m'exprimer pleinement sans être inculpée ou arrêtée. Pire encore, je suis terrifiée à l’idée que mes opinions portent préjudice ou mettent en danger les personnes que j’aime. J’ai vu un grand nombre de mes amis proches enlevés, emprisonnés et tués à cause du manque absolu de la liberté d'expression. La liberté d’expression est un combat de tous les jours. » Et pour Dima, grande passionnée de street art, il « n’y a rien de mieux que les graffitis pour toucher les communautés les moins privilégiées qui ne peuvent pas payer un billet de musée ou se rendre dans une galerie. »  

L’art engagé  

Pour sa part, l’artiste sénégalais Djibril Drame a choisi d’illustrer l’article 7 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule ‘Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi’. Il affirme : « Pour moi, il n’existe pas meilleur combat que celui mené pour le respect des droits de l’homme’. En parallèle et toujours au musée MACAM, un artiste a réalisé un graffiti rendant hommage au diplomate et philosophe libanais Charles Malek, qui a joué un rôle important dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme et notamment de l’article sur la liberté de religion. Chacun de ses artistes, issus de pays et d’horizons divers, a puisé, en son talent, l’expression de son engagement. Un engagement que partage l’Union européenne qui soutient les droits de l'homme et la liberté d'expression, notamment à travers les arts et la promotion de la culture.    

Réalisé en 2019, le Mur des Contemplations se dresse, aujourd’hui encore, comme un précieux témoignage de la place des artistes dans la lutte pour les droits et les libertés. Graffitis, peintures, chansons, films, si l’art est multiple, le message est un : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. (Article 1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme)  

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